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Radio Plus FM > Actualités > Agriculture > Nourrir l'humanité : l'enjeu du XXIème siècle

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Agriculture

Bruno Parmentier est l'auteur du livre ''Nourrir l'humanité, les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIème siècle'' (éditions de la Découverte).

Nourrir l'humanité : l'enjeu du XXIème siècle

A l'invitation du Crédit Agricole Val de France, Bruno Parmentier est intervenu devant un public nombreux jeudi soir à Blois à l'occasion de la réunion annuelle d'information de la banque verte. Rencontre.

Ingénieur des mines et économiste, Bruno Parmentier fait carrière dans le milieu de la presse et de l'édition avant de rejoindre l'agriculture en prenant les rênes de l'école supérieure d'agriculture d'Angers. En 2009, il publie "Nourrir l'humanité" (éditions de la Découverte), ouvrage qui se donne comme défi de résoudre le plus gigantesque problème des 850 millions de personnes qui ne peuvent manger à leur faim dans le monde. Interview.

Plus FM : Quel est le constat que vous faites au regard de la situation actuelle?

Bruno Parmentier : Nous sommes à une époque charnière dans laquelle les gens pensent que l'abondance de nourriture est normale et que les problèmes sont en fait qualitatifs. Or, ceci va devenir un énorme problème au XXIème siècle, et nous ne savons pas aujourd'hui comment nourrir neuf milliards d'habitants. Les ressources naturelles s'épuisent et toute l'agriculture qui s'est développée au XXème siècle en est très consommatrice. Il fallait toujours plus de terre, plus d'irrigation, plus de pétrole et de gaz, plus de chimie... Dans les trente ans qui viennent, il faudra produire 70% de plus, mais avec moins de ressources!

Comment résoudre cette délicate équation?

Il y a à la fois un problème de production et un problème d'organisation. Pour le premier, nous nous apercevons que l'on ne pourra plus autant "artificialiser". Il faut donc "renaturaliser". Pour se faire, il existe deux écoles. Aux Etats-Unis, le constat est que l'on ne peut plus mettre d'insecticides ou d'herbicides, donc on va rendre la plante naturellement immunisée : ce sont les OGM. En Europe, cette idée ne séduit pas. Il ne reste donc que la nature : les bactéries, les champignons, les vers de terre... C'est l'agriculture biologique qui a montré la voie, mais le problème, c'est que l'agriculteur qui passe en bio réduit sa production de 30 à 40%. Il faut donc intensifier les processus biologiques pour déployer une "agriculture écologiquement intensive".

C'est à dire?

Il faut déjà arrêter de labourer. De laboureur, l'agriculteur deviendra éleveur de ver de terre et fera travailler la nature pour lui. De plus, il faut restaurer les haies, associer les plantes... Un champ nu est une très mauvaise réponse au défi énergétique de la nature. Tout rayon du soleil qui arrive sur un champ doit fixer du carbone et de l'azote, été comme hiver, ce qui implique d'avoir des plantes complémentaires de façon à produire finalement nos propres engrais. C'est un changement de démarche complet!

Vous êtes optimistes sur ce sujet?

Je pense que nous n'avons pas tiré toutes les leçons de la crise de 2008. Il faut se rendre compte que les autres pénuries ne sont rien à côté de la pénurie de nourriture. Regardez les pays Arabes. Dès que les gens ont faim, il y a des révolutions et des guerres. Il faut absolument prendre cette question cruciale à bras le corps!

En prenons-nous le chemin?

Pas encore, mais en Europe, nous avons une vision très contre cyclique. On discute de la PAC 2013 qui passe pour être ringarde, sauf que les autres pays du monde ont bien saisit le sérieux de l'affaire. La Chine, la Corée du Sud et l'Arabie Saoudite achètent des terres partout dans le monde pour les cultiver. L'Europe regarde ailleurs. Nous avons la mémoire courte, car l'Europe, c'est d'abord une affaire de pénurie alimentaire pendant des siècles. Ce n'est pas parce que nous avons aujourd'hui du pain dans nos boulangeries que nous sommes certains d'en avoir encore dans trente ans.

Propos recueillis par Nicolas Terrien

Vendredi 08 avril 2011
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