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LE FILM DE LA SEMAINE : ETREINTES BRISÉES
Un film aux multiples facettes, riche, complexe, émotionnellement intense.

Comment résumer une histoire qui en cache bien d’autres derrière six personnages centraux ? Le film se fait l’écho de la vie d’un homme : Mateo Blanco, devenu Harry Caine par la force des choses. Mateo Blanco était réalisateur de films. Harry Caine est scénariste. Le point commun de ces deux personnages ? Judit et son fils Diego. Tous deux sont présents tout au long de l’histoire, peut importe le nom choisi par le "héros." Au fur et à mesure du film, on découvre ce qui est arrivé à Mateo, on revient dans son passé pour faire connaissance avec Léna. La femme qui a tout changé dans sa vie, qui lui a révélé l’amour. Une période de la vie qui reste mystérieuse, mais qui associe amour, trahison et fatalité. Un mélange pour le moins tragique, qui place l’humain au premier plan.

Pendant tout le film, chaque élément, chaque personnage a plusieurs sens, comme s’il était dédoublé. On voit au premier abord cet aspect à travers le réalisateur-scénariste. Deux noms pour deux vies, mais un même homme. Et puis à l’inverse on trouve Ernesto Martel. Un nom pour deux hommes : le père et le fils, le problème et la solution. D’une autre manière, le personnage de Penelope Cruz intervient aussi sur deux tableaux : à la fois maitresse enjouée et compagne torturée… avec comme justification sa vocation d’actrice. Elle est autre quand elle joue ; et cela n’a pas forcement lieu sur un plateau de cinéma. Ce qui amène la question du jeu et de la vérité.

Amour, vie et mort... un coktail passionant

Réalité, quotidien et fiction sont habilement croisés. Ici, il y a le film que réalise Pedro Almodovar, qui plonge dans le milieu du cinéma à travers l’histoire d’un réalisateur et d’une actrice. Il s’agit d’ailleurs de l’histoire d’un tournage, de la construction du film. Mais finalement c’est un troisième film qui se fait révélateur : le making-of de ce second film. Almodovar prend ici le spectateur dans une multitude de chemins qu’il faut démêler au fur et à mesure. Le rapport entre tous ces éléments ? Le cinéma. Almodovar fait beaucoup de références à d’autres films. Une sorte d’hommage à ce milieu. Un film qui s’autorise aussi des liens au passé du réalisateur lui-même, on y retrouve des touches personnelles.

Un film qui est bien sûr une ode au cinéma, mais qui ne se limite pas à faire des références. On apprécie davantage le film pour ce qu’il apporte lui-même, pour la composition impressionnante de Penelope Cruz. Celle-ci particulièrement intense et dramatique. Elle n’est pas seulement magnifique, mais juste, et le spectateur sent qu’elle se livre totalement à son personnage.

Un film d’une durée assez longue (2h09), mais il a besoin de ce temps. Le spectateur ne se lasse pas et comprend parfaitement la nécessité d’une lenteur. Ici ce n’est pas tant l’action que l’atmosphère, un peu ancienne, et les sentiments fous qui prédominent. Tout est exacerbé : l’amour, le quotidien, la jalousie mortelle... La mise en scène est aussi riche et précise. Tout repose sur l’équilibre et la manière de jouer de ces multiples facettes. Almodovar réussit cela avec brio. Il alterne le visible, symbolisant les choix volontaires, au caché, qui prend la dimension de la soumission, du rejet.

On parle d’amour au sens large, mais aussi de la vie dans sa globalité, dans sa banalité, dans ses difficultés. La mort est bien sûre tapie en trame de fond, jamais bien loin de la vie. Un film aux multiples visages, qui mérite d’être revu pour en saisir pleinement les imbrications. Même après le mystère de l’histoire dévoilé, il reste beaucoup de sens à décrypter. Un film riche, complexe et particulièrement attirant. Un vrai mélange des genres plein d’émotion, de rêve et de gravité. Avec une fin très cinématographique.

Audrey Hudebine

Sortie le 20 mai. Durée : 2h09

Article précédent : « Millénium » de Niels Arden Oplev

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