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LE FILM DE LA SEMAINE : "ANTICHRIST" DE LARS VON TRIER
Un film dérangeant, parfois choquant, mais avant tout maitrisé, et magnifique.

Un film qui a pour point de départ la mort. Un couple perd son enfant et se retire dans un chalet en pleine forêt pour surmonter ce deuil. Un accident qui a des répercussions différentes entre la mère, qui se sent totalement coupable, et le père, psychothérapeute, qui gère sa douleur de façon à ne pas la montrer. Pour surmonter angoisse et peur, ils partent donc s’isoler dans un lieu à la fois banal : une forêt, et mystique : Eden. La brume quasi-permanente entretient cet aspect lugubre et renforce le malaise.

Dès le début, le film plonge les spectateurs dans une atmosphère anxiogène. La tension est instantanée, le drame est en place. Mais ce qui frappe aussitôt, c’est la beauté des images et la virtuosité de la réalisation. Cinq premières minutes de noir et blanc, sans dialogue, juste la musique d’un opéra d’Haendel : un couple qui fait l’amour, un enfant qui bascule dans le vide au ralenti… voilà l’introduction magnifiquement filmée d’Antichrist.

Et puis très vite on passe à la concrétisation de ce premier chapitre qui a des airs de rêve, ou plutôt de cauchemar. Un film construit en plusieurs volets autour du deuil, de la douleur et du désespoir. On assiste finalement aux derniers instants d’un couple, qui cherchait l’apaisement, le pardon après la tragédie. N’en sortira que châtiment et destruction. Une descente aux enfers sous forme de règlement de comptes.

Un film choquant, certes, mais surtout abouti !

Tout au long du film Lars Von Trier amène une multitude de questions sur le rapport à l’autre, la nature humaine et les croyances mythologiques. Le but n'est pas tant de divertir que de proposer une réflexion. Le film fait parler. Ce n’est pas à mettre devant les yeux de tous les publics. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce que l’on entend, ne pas s’arrêter à la violence, aux scènes de sexe explicites et difficiles. Ce film est bien plus que cela. Ces scènes sont d’ailleurs tout à fait intégrées au propos. Ce n’est pas pour le plaisir qu’elles arrivent, la symbolique derrière est forte, cela sur plusieurs niveaux : religieux, mythologique, sexuel… Elles parachèvent l'évolution  de ce mal qui était en sommeil.

Le sujet n’est pas la perte d’un enfant, cela n’est que prétexte au déroulement de l’histoire, à la thématique de la nature humaine… car finalement le personnage de Charlotte Gainsbourg (on le découvre au fur et à mesure du film) avait déjà eu des symptômes « démoniaques » avant la mort de son fils. Il s’agit d’un élément non pas déclencheur mais révélateur, qui amène le couple à s’exiler dans la forêt d’Eden. Est-ce une sorte de forêt sauvage qui influencerait le comportement de la mère ? Un lieu où le mal ressurgirait de manière expiatoire ? La nature devient démoniaque, satanique… amenant chez la mère une peur, une phobie de la végétation. « La nature est l’église de Satan » sentence lâchée par Charlotte Gainsbourg pour expliquer sa peur. La forêt regorge d’une magie funeste, morbide qui tient plus du cauchemar que de la féérie.

Le film est une véritable fable où la morale finale est à l’appréciation de chacun. Pas de verdict sur le bien et le mal, pas de solution à la peur… juste un instinct de survie, mais de vie avant tout. Dès le départ, l’introduction met en balance la mort (celle d’un enfant) et la vie au travers du rite sexuel ; symbole même de la vie. Mais il s’agit de la nature au sens large, comprenant la nature humaine. La mère jouée par Charlotte Gainsbourg est possédée. Par qui, par quoi ? C’est selon les croyances. Démon, sorcière… à vous de voir.

D’un point de vue purement technique, ce long-métrage est une merveille. Les images sont d’une beauté mystique, d’une poésie mêlant nature, brume et des teintes aux couleurs glaçantes. Des scènes dérangeantes, souvent perturbantes, mais le film est réalisé avec une esthétique fascinante, un onirisme poétique omniprésent. Le public n’est pas confronté à un réalisme cru. C’est un film dur mais pas abject.

A ne pas mettre devant tous les yeux !

L’atmosphère lourde joue avec les nerfs du spectateur, en plus de le déranger par des scènes choquantes. Le tout après l’avoir doucement emballé par une introduction grandiose. La morale collective et les conventions sociales sont ici oubliées au profit d’une œuvre qui va au bout d’elle-même et de son propos. Lars Von Trier ne fait pas de compromis dans une œuvre très noire, et en même temps d’une grande poésie visuelle.

Bref un film qui a fait beaucoup de bruit, notamment sur sa violence, et sur les scènes de sexe assez dures. Il y a, à peu près, cinq scènes dérangeantes, on ne peut le nier, mais faut-il juger un film sur cinq passages ? Il ne faut pas avoir peur de voir ce film, il est juste important de savoir ce que l’on va voir, ne pas y aller comme on peut regarder n’importe quel film. Ici il est important d’y aller en connaissance de cause, et ne surtout pas se forcer.

Un film marquant, difficilement abordable, mais d’une grande réussite. A voir, pas forcement à revoir (quoi que cela puisse amener de nouveaux éléments de compréhension, d’interprétation) mais sûrement pas par tous.

Audrey Hudebine

Sortie le 03 juin. Durée : 1h44. Interdit aux moins de 16 ans.

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