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Pierre Nora, le président des Rendez-vous de l'Histoire 2011, seul face à son public attentif...

Après l'Orient, les paysans

Le thème de l'année prochaine a été dévoilé en clôture de l'événement par Jean-Noël Jeanneney, le président du Conseil scientifique, suite à la conférence de l'académicien Pierre Nora.

Les Rendez-vous de l'Histoire 2012 seront consacrés aux paysans. "C'est un sujet qui nous ouvre une multitude de pistes, qu'il s'agisse de la vie quotidienne, du devenir de la planète ou encore des religions telluriques, explique Jean-Noël Jeanneney, de plus, les paysans sont de moins en moins nombreux en Europe alors que les problèmes de la paysannerie ont une portée planétaire".

Comme la tradition l'exige, le thème 2012 a été présenté à l'issue de la conférence du président d'honneur de l'édition qui s'achève. L'académicien Pierre Nora a développé un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : "L’Histoire au péril de la politique". L'historien qui a lancé le fameux "appel de Blois" en 2008 (qui dénonce les lois mémorielles qui entravent le travail des historiens) a évoqué les rapports entre politique et idéologie dans le monde contemporain.

L'académicien appelle ses collègues à la vigilance face à l'idéologisation du travail historique."Le passé appartient à l'historien, le présent au politique et l'avenir... à Dieu", a indiqué Pierre Nora en citant un historien du XIXème siècle. "L'idéologisation de l'histoire est liée à la montée en puissance de l'histoire contemporaine et aux conditions dans lesquelles les historiens travaillent". Bon nombre d'entre-eux seraient pris dans des difficultés pour échapper à l'idéologie ambiante, à l'image de ceux qui étudient la guerre d'Algérie. "Tous les historiens qui l'étudie se sentent obligés d'expliquer pourquoi ils traitent ce sujet, de notifier leur état de conscience. Ecrire sur un tel sujet implique une pensée politique, même inconsciente".

"Aujourd'hui, l'historien n'est plus seulement le dépositaire de ses prédécesseurs, il est aussi un rempart contre la pression publique", affirme l'académicien. Une remise en cause du rôle de l'historien que Pierre Nora développe dans son dernier livre, "Historien public" (Gallimard, 2011), dont la morale pourrait être la suivante : "historien, soit vigilant!"

Nicolas Terrien

Dimanche 16 octobre 2011
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