Les " délaissés temporaires ", ou zones urbaines abandonnées, étaient au cœur des 1ères Rencontres Nature & Paysage.
Co-organisées par le CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement du Loir-et-Cher) et Agglopolys, la Communauté d’agglomération du Blaisois, cette journée de réflexion a réuni vendredi des architectes, paysagistes, urbanistes ou encore sociologues autour de cette question des « délaissés », qu'il s'agisse d'un terrain en friche, d'un aménagement foncier abandonné, ou bien d'un bâtiment démoli.
"Les délaissés temporaires, on les côtoie tous les jours", explique Marie-Hélène Millet, la présidente du CAUE 41. "Dans les quartiers Nord de Blois, on trouve par exemple des délaissés induits par la destruction d'immeubles dans le cadre du Projet de rénovation urbaine. Avant que ces espaces ne soient reconstruits, il se passe souvent un long moment."
Des fleurs et de l'amour
Que faire alors de ces espaces, temporairement inoccupés? "Le délaissé est le symptôme d'une société où le rythme de la décision publique est beaucoup plus lent que celui de la vie quotidienne", analyse le sociologue Jean Viard.
"Il faut donc éviter que ces lieux ne créent de l'incivilité et de l'insalubrité pour les riverains."
Selon le sociologue, "il faut en faire des lieux de rencontres, recréer des espaces de quotidienneté. On ne fait plus de grands parcs comme au XIXe siècle. Maintenant c'est la folie des ronds-points ! A quoi bon mettre des fleurs sur un rond-point, si on ne peut même pas venir les sentir !"
Après les fleurs de Jean Viard, l'amour, que préconise le président d’Agglopolys Christophe Degruelle. "Ces espaces, comme le quartier gare ou la zone de la Bouillie à Blois, il faut les aimer, les comprendre et se rendre que ce sont des lieux de mémoire. On peut alors les bonifier."
Pour le président d'Agglopolys, ces rencontres Nature & Paysage, "laboratoire de matière grise", sont avant tout "une boîte à idées pour traiter les problèmes de la ville".
Rajeunir la Belle endormie
Parmi les intervenants, le célèbre architecte Patrick Bouchain. Ancien directeur de l'Atelier public d'architecture et d'urbanisme de la ville de Blois durant la mandature de Jack Lang, il a profité de ce retour aux sources pour observer l’évolution de l’architecture blésoise. Une évolution que Patrick Bouchain juge "positive"…à quelques détails près : " les mauvais comportements, comme des clôtures de mauvais goûts ou des couleurs peu harmonieuses, reviennent vite...En revanche, le quartier de la Chocolaterie est magnifiquement traité."
Entre 1989 et 1994, Patrick Bouchain avait été chargé par Jack Lang de redynamiser et de rajeunir Blois. "En cinq ans, je devais donc installer au sein de la Belle Endormie une université, puis une bibliothèque municipale, avec une Bibliothèque Universitaire", se souvient l'architecte. Deuxième mission de Patrick Bouchain : "relier la ZUP à la ville. Il se trouve que la ZUP est installée à l'endroit le plus beau de la ville, le long de la forêt. J'ai donc entrepris de réhabiliter les allées François 1er".
Dernier chantier : la construction d'un troisième pont. "Il fallait impérativement relier le Sud de Blois, qui compte un tiers de la population, au centre-ville."
Des espaces de liberté
Au fil des années et des chantiers Patrick Bouchain a donc longuement côtoyé ces fameux délaissés, qu'il définit comme "les espaces de l'imaginaire possible. La ville est en permanente construction, c'est une sorte d'organisme vivant. On y trouve des éléments stables, mais aussi des objets non-définis, qui sont les délaissés, et qui sont nécessaires ! Si tout est achevé, rien ne peut plus se faire. "
"Il faut donc ouvrir ces espaces à des activités totalement inattendues. On peut y installer un marché, voire y faire pousser une forêt, même si ce n'est que pour 40 ans. Tout est possible, ce sont des espaces de liberté !"
Michèle Colombel
25 septembre 2009