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La Ville de Blois est magnifique. J'ai le plaisir de la traverser, chaque jour, dès l'aube, pour regagner les studios de la radio, à l'ombre de la Halle aux Grains, et ce trajet est un plaisir sans cesse renouvelé. Je ne m'attarde pas sur l'avenue Wilson, dont l'embellissement parait toujours reporté aux calendes grecques, car je préfère goûter le franchissement de la Loire, par le vieux pont Jacques Gabriel, qui offre un panorama exceptionnel sur la ville, "cet amphithéatre sur la Loire" tel que le décrivaient avec génie Jean de La Fontaine et Victor Hugo.
Au fil des jours, des mois, des saisons, du climat, la lumière et les couleurs changent et renouvellent sans cesse le plaisir d'une traversée matinale qui m'inspire la recomposition du célèbre tube du grand Jacques Dutronc "Il est 6 H, Blois s'éveille... Il est 6 H et j'ai -parfois- encore sommeil" ou ce refrain moins connu du chanteur Tristan "je suis de bonne, bonne, bonne humeur ce matin, y'a des matins comme ça".
Certains jours cependant, l'humeur devient maussade. C'est notament le cas lorsque des noctambules sans scrupules ont balisé mon joli trajet de panneaux, d'affiches ou autres autocollants tous plus sauvages les uns que les autres ! Il y a une appropriation sans aucune gêne de l'espace visuel public et je la ressens pour ma part comme une forme d'agression. En ce moment par exemple, impossible d'emprunter tranquillement un rond-point de l'agglomération blésoise, et d'ailleurs, sans devoir subir l'invitation à aller se perdre dans le labyrinthe.... de Beaugency !
Attention, je n'ai rien contre ce genre d'endroits, même si j'observe que beaucoup de gens n'ont guère besoin de cela pour être complètement paumés. Mais cette multiplication des pancartes à des fins qui n'ont rien de sociales ou d'humanitaires -et là je serai plus indulgent avec les brocantes de la Fnaca ou les salons du Lion's club-, m'apparait tout bonnement insupportable. La complaisance, le laxisme, la tolérance des collectivités me laissent également perplexe car je perçois une sérieuse contradiction entre la volonté des élus d'embellir la cité, de créer des espaces dédiés à l'affichage et à la communication ; et cette "OPA sauvage" du cadre de vie, que Vangélis aurait absolument détesté, tout comme les Hulot, Bové, Borloo et autres Fourmond ou Thiollet pour ne pas oublier quelques ardents défenseurs locaux de notre environnement.
Blois a une vocation touristique, c'est incontestable, et de très belles cartes à jouer. Les visiteurs doivent être accueillis, guidés et informés afin de profiter pleinement des atouts de la cité. Mais celà ne passe certainement pas par l'invasion anarchique de pancartes qui bordent les entrées de ville pour tenter de convaincre le visiteur qu'à la cinquième rue à droite, il pourra déguster une excellente viande rouge ; que tout droit à 5 minutes il pourra changer ses pneumatiques ; qu'en faisant demi-tour il pourra même ramener une caisse de vins, acheter une voiture, ou passer une nuit inoubliable dans un petit hôtel au bord de la voie rapide !
Chers élus, boutez-nous ces pancartes hors de nos cités. Faites appliquer les réglements et, si rien n'est prévu, ne vous gênez surtout pas pour faire éclaircir le paysage, avec l'assurance de nos encouragements et de nos remerciements.
© 2011
Toutefois, et c'est toute la difficulté de l'exercice, il est souvent utile d'apporter une information de guidage qualitative (pertinence de sa localisation, et de son intégration paysagère), nécessaire aux consommateurs - comme aux commerçants ou aux faiseurs de foires - tout en observant le respect d'un idéal urbanistique. Il en est de même de tous ces panneaux sauvages à l'entrée de nos villes et villages, et effectivement, sur ce point, je vous rejoins complètement.
Enfin, rejouissez-vous, car les services de l'équipement, conscients de ces imperfections, consacrent toute leur énergie, quotidiennement, à déposer tous les panneaux qui semblent gâcher l'harmonie visuelle de nos administrés.