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J'apprends avec tristesse la disparition de Pierre Sudreau, décédé dimanche à Paris à l'âge de 92 ans. Voici l'article que je lui avais consacré, le 2 septembre 2009.
L'événement de rentrée qui me touche particulièrement est l'inauguration, le dimanche 6 septembre à Blois, du mail Pierre Sudreau. Quitte à dévoiler un pan -et un peu- de ma vie personnelle et professionnelle, je peux révéler que c'est grâce à Pierre Sudreau que j'ai eu la chance, à la fin de l'été 1981, de poser mon sac à Blois.
Le maire de Blois de l'époque, qui n'était jamais en panne d'idées, avait le projet que naisse rapidement dans sa ville une radio locale puisque l'élection, le 10 mai de cette année là de François Mitterrand, avait permis la création des radios FM.
Pierre Sudreau missionna alors Henri Deligny, journaliste indépendant, professeur à l'IUT de journalisme de Tours, pour solliciter quelques étudiants fraîchement diplômés afin de venir lancer une radio sur Blois. Je quittai alors le Midi Libre, à Nîmes, pour rejoindre, avec trois autres congénères, la ville de Blois et participer à la création de BBS -Blois Beauce Sologne radio- qui débuta ses émissions à l'automne 1981 et fut la première radio locale de Blois.
La radio était alors implantée rue des Saintes-Maries, juste derrière la préfecture de Loir et Cher, dans un local mis à disposition par la ville et que nous aménageâmes nous mêmes.
Pierre Sudreau ne souhaitait pas municipaliser cette nouvelle radio et l'engagement de la ville dans cette entreprise se limita à l'acquisition du matériel radio. L'aventure prit cependant forme mais le chemin était semé d'embûches dans la mesure où, si François Mitterrand avait pris la bonne décision de "libérer" les ondes, l'accès aux radios du marché publicitaire restait encore fermé, les privant ainsi des possibilités de se développer professionnellement, en dehors des chemins erratiques du bénévolat.
Durant cette période de préparation et de lancement de BBS radio, Pierre Sudreau et sa directrice de cabinet, Lysiane Feutry, furent toujours très attentifs au sort de notre petite équipe. Ainsi, très régulièrement, le vendredi soir, Pierre Sudreau nous conviait à dîner à La Gerbe d'or, son quartier général culinaire, afin de s'enquérir de l'avancée de notre projet et de nous assurer de son soutien.
C'est durant ces moments privilégiés et ces dîners roboratifs que je découvris véritablement Pierre Sudreau, son histoire, sa dimension et son destin exceptionnels. L'auteur passionné et inquiet de la stratégie de l'absurde (Plon-1980) nous faisait partager ses craintes face à l'immense péril que constituait à ses yeux la course aux armements atomiques. J'appréciais également la distance qu'il affichait avec une classe politique, dont il fut un acteur fort atypique (à ma connaissance, P. Sudreau n'a jamais adhéré à un parti politique), dont il se désolait qu'elle manque de vision et reste en marge des vrais problèmes. Il allait d'ailleurs rassembler l'ensemble de ses reflexions dans un ouvrage intitulé "de l'inertie politique" (stock-1985), et qui figure toujours, avec la stratégie de l'absurde, en bonne place dans ma bibliothèque.
Je garde un excellent souvenir de cette période un peu pionnière et une grande reconnaissance envers Pierre Sudreau qui ne "lâcha" pas BBS avant de transmettre le témoin à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Loir et Cher qui allait alors créer Radio Val de Loire.
Dans les années 80, nos chemins se croisèrent à maintes reprises. Je garde en mémoire la grande tension de la campagne municipale 1983 où les débats organisés conjointement avec La Nouvelle République (et notre excellente consoeur Béatrice Houchard) se passèrent très mal. La réélection de Pierre Sudreau fut confortable mais sans doute nourrit-il quelques craintes face à la fougue d'alors du socialiste Bernard Valette ; tandis que les gros bras du RPR, qui attisèrent les feux de cette campagne, contribuaient à tendre une compétition sans véritable danger pour lui.
Paradoxalement, la campagne 1989 fut plus tranquille, du moins sur le front médiatique. La droite pensait sans doute que Pierre Sudreau ne livrerait pas ce dernier combat et elle intronisa François Burdeyron, un trentenaire brillant et ambitieux, pour tenter de dammer le pion à Jack Lang dont le parachute s'était ouvert à Blois aux législatives de 1986. La droite divisée ne resista pas à l'offensive du plus populaire des ministres de François Mitterrand et Pierre Sudreau acheva son parcours sur une défaite.
Pourquoi Pierre Sudreau livra-t-il la campagne de trop ? C'est une question que je lui posai il répondit à l'époque que "cette compétition avec Jack Lang l'amusait". De fait, les deux hommes semblèrent plutôt s'épargner, réservant leurs flèches les plus acérées à leur jeune challenger.
Je retiens enfin l'amitié que me témoigna Pierre Sudreau en acceptant , en 1984, de célébrer mon mariage à l'hôtel de ville de Blois. Je me souviens de la tonalité pessimiste de son discours car, même à l'occasion d'évènements heureux, Pierre Sudreau ne manquait jamais d'alerter sur les dangers qui menaçaient la planète et les générations futures.
25 années et 4 enfants plus tard, j'apprécie encore l'attitude et les propos de Pierre Sudreau, un homme au destin exceptionnel, qui justifia durant trois mandats de maire la confiance des blésois, et qui conservera toujours leur estime, leur amitié et leur admiration.
© 2011
Encore Bravo et merci pour ce témoignage.
Très cordialement
Maurice Leroy