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Martine Aubry était prévenue. Elle serait attendue "vent debout" par les sénateurs cumulards, soucieux de le rester. La N°1 du Parti Socialiste n'a cependant pas reculé devant l'obstacle et elle s'est bien rendue, mardi 25 mai, au Palais du Luxembourg pour rafraîchir la mémoire des édiles multi-cartes et leur rappeler, qu'au mois d'octobre dernier, par référendum, les militants socialistes ont tranché et ont voté, à une très large majorité, pour le non cumul des mandats.
Qualifiée de "capitale" dans la grande ambition de rénovation du Parti Socialiste, cette mesure doit rendre incompatibles un mandat de parlementaire et une présidence d'éxécutif local -commune ; communauté de communes ; conseil général : conseil régional-. Elle ne tolérera pas davantage un fauteuil -confortable- de député ou de sénateur et une participation à un éxécutif local -maire-adjoint ; vice-président de département ou de région-.
Pour bien marquer la volonté de modernisation du Parti Socialiste et sa différence avec l'immobilisme décomplexé d'une droite dans ce domaine plutôt conservatrice, la nouvelle direction du PS voulait hausser le rythme et rendre ce changement applicable dès les prochains renouvellements : cantonales et sénatoriales 2011 ; législatives 2012.
Las, au moment de traduire ces mots en actes, les choses se compliquent pour la rue de Solférino. Les cumulards font de la résistance et, d'ores et déjà, Martine Aubry a reporté sa mesure au delà du rendez-vous cantonal de mars 2011. Pour les sénatoriales, le lobby PS du Palais du Luxembourg croit entrevoir une victoire historique, et compte pour parvenir à ses fins sur la mobilisation de tous ses grognards, fussent-ils déjà brevetés en "cumul des mandats", sans compter le cumul des fonctions que la charité médiatique nous empêchera d'aborder ici.
L'efficacité électorale -présumée- contredit donc l'exemplarité morale que veut défendre Martine Aubry, soutenue, une fois n'est pas coutume, par Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes, qui juge "embêtant ce grand écart entre les discours et les actes" ; et par Jack Lang qui a sans doute oublié qu'il fut député-maire de Blois, et qui n'a pas de mots assez sévères pour dénoncer "les cumulards" et "la République des notables". Le sémillant Arnaud Montebourg qui, à Paris et à Mâcon, gère lui aussi parfaitement ses contradictions et son rêve d'une VIème République du non-cumul, rappelle que "ça fait 20 ans que l'on (le PS) inscrit au programme la fin du cumul" et ose tout de même défier ses amis sénateurs en affirmant que "le cumul des mandats n'est pas une assurance tous risques de gagner les élections".
Prompt également à modérer le zèle de Martine Aubry, François Hollande se prononce "pour une application intelligente de la règle de non cumul", la difficulté étant sans doute de mesurer la part d'hyppocrisie et de renoncement que dissimule cet appel à l'intelligence de celui qui conduisit tant de fois le PS à des échecs cuisants ou des victoires... secondaires.
Mais revenons maintenant à la situation locale pour observer en premier lieu que, lors des dernières régionales, le méconnu Bonneau n'eut pas besoin, au moins en Loir-et-Cher, de mobiliser les figures de proue du PS, les poids-lourds la gauche urbaine blésoise, vendômoise ou romorantinaise, pour infliger une sévère défaite à la dream team d'Hervé Novelli. Monsieur 7% devint Monsieur 50%, connaissant un bien meilleur sort que les parachutés du printemps 2009, lors de la calamiteuse bérézina européenne du PS.
Ouvrons également une parenthèse prospective pour imaginer ce qui attend prochainement les caciques du PS local, en cas de lendemains électoraux souriants, lorsqu'il leur faudra choisir, et renoncer, à certains de leurs mandats. Marc Gricourt choisira-t-il l'Hôtel de Ville ou le Palais Bourbon ? Karine Gloanec Maurin ira-t-elle à Paris ou à Orléans ? Gilles Clément va-t-il devoir dissoudre quelques responsabilités dans les eaux de sa baignade naturelle ? Certains maires abandonneront-ils l'Hôtel de Ville pour celui du Département ? Et sans remettre évidemment en cause le caractère totalement "désintéressé" des élus, ne leur sera-t-il pas trop cruel de sacrifier quelques indemnités sur l'autel des vertus socialistes ?
Ah, les amis de la Rose doivent peut-être envier leurs collègues du Centre et de Droite qui ne s'embarrassent guère de tous ces scrupules, en remarquant -à juste titre- que les anti-cumulards sont toujours ceux qui ne sont pas élus. Mais chacun peut néanmoins méditer cette conviction du célèbre constitutionnaliste Guy Carcassonne, qui affirme que "si le PS a le courage de le faire (mettre un terme au cumul), il sera difficile pour la droite de ne pas suivre".
© 2011