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Tous les conseillers généraux sortants ont été réélus, de gauche comme de droite. Cette confiance renouvelée des électeurs récompense-t-elle le bon travail des élus, au service du Département et de leurs concitoyens, ou bien traduit-elle une prime à la notoriété, sorte de bonus aux visages connus, sinon familiers ? Cette interrogation n’est pas secondaire car elle en induit d’autres comme la question du renouvellement de la classe politique et la difficulté rencontrée par des postulants pour émerger sur la scène politique et obtenir la précieuse investiture des appareils politiques.
Durant cette campagne des cantonales, nous avons pointé l’âge des capitaines, sans aucune intention de « faire de l’âgisme », comme nous le suspectait une alerte candidate sexagénaire, mais pour constater simplement que la pyramide des âges des élus départementaux est très décalée par rapport à celle de la population active. Du reste, seule une poignée d’élus conserve encore une activité professionnelle, une large majorité étant retraitée ou se consacrant uniquement à ses fonctions électives.
Bien entendu, cette situation n’est pas propre au département de Loir et Cher et l’on observe ailleurs et dans d’autres assemblées que des catégories entières de la population sont sous représentées ou tout simplement absentes : salariés du secteur privé, chefs d’entreprises … sans oublier la place spécifique des femmes, des mères de jeunes enfants.
Dresser ces constats ne revient pas à faire le procès de celles et ceux qui sont en place, grâce à la confiance de leurs concitoyens, et même si l’on pourrait facilement décalquer la composition d’une assemblée départementale sur celle d’un conseil des sages, rien ne pourra changer si le législateur ne se penche pas avec plus d’audace sur le statut de l’élu, le nombre et le cumul des mandats, la possibilité d’aller-retour vie politique-vie professionnelle, les parachutes en cas d’échec électoral, la juste indemnisation de ceux qui acceptent de s’engager, au prix de sacrifices personnels et professionnels conséquents.
Quelles dispositions les candidats des dernières élections cantonales ont-ils pris pour mener à bien leur campagne ? Se sont-ils tous battus à armes égales ? Comment un salarié actif peut-il conduire une campagne électorale sans mettre entre parenthèse son activité professionnelle ? Doit-il y consacrer ses vacances ? Prendre un congé sans solde ? Solliciter un temps partiel ? Il m’est arrivé au mois de mars d’accueillir en studio des candidats qui, dès l’entretien de 8 H terminé, se précipitaient à la gare pour attraper un train. Et ne parlons pas bien entendu des candidats indépendants qui ne comptent que sur leur énergie, celle de quelques proches, sur leurs deniers et sur leur propre logistique pour battre campagne. On observe au final que ces candidats, hors appareils, ont tous été laminés.
Statu quo donc au final dans le paysage politique départemental, avec un taux record d’abstentionnistes : au-delà de 50 % ! Plus d’un électeur sur deux ne s’est pas rendu aux urnes. Est-ce uniquement parce que les électeurs connaissent moins les compétences, pourtant importantes, des départements ? Est-ce parce que seules, les élections présidentielles et municipales les intéressent vraiment ? Est-ce par manque de citoyenneté ? Ou n’est-ce pas aussi parce qu’ils ont la confuse impression que le débat politique est confisqué, que les dés sont pipés ou déjà jetés, et qu’au final, ils ne se retrouvent vraiment pas dans les castings électoraux qui leur sont proposés ?
© 2011