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Seule candidate à être élue dès le premier tour, dimanche matin, Jacqueline Gourault apparait comme la grande gagnante des élections sénatoriales et elle a particulièrement savouré sa réélection.
Engagée en effet dans une compétition ouverte et difficile, la candidate sortante a démontré qu’elle bénéficiait toujours d’une belle popularité auprès des élus du Loir et Cher. Mais quelle est la nature de ce lien si particulier tissé avec de nombreux élus (une majorité !), "au-delà des sensibilités ?" Selon Jacqueline Gourault, les grands électeurs ont reconnu "son travail parlementaire et son travail de terrain" tout en appréciant sa "constance, sa fidélité et sa modération".
L’autre grand vainqueur, et c’est évidemment plus inattendu, est Jeanny Lorgeoux, le conseiller général-maire de Romorantin-Lanthenay. Sa côté était élevée, face aux deux favoris Maurice Leroy et Jacqueline Gourault. Bien sûr, l’élu de Sologne savait que, suite aux municipales de 2008, le corps des grands électeurs de gauche avait gagné du terrain, mais il estimait malgré tout, en prévisionniste prudent, que le compte n’y serait sans doute pas.
Et bien il a bousculé les pronostics, porté par la vague déferlante des élus mécontents ; porté par le coup de main efficace d’élus modem ou proches du modem qui, au-delà des étiquettes, ont à l’évidence ressenti plus de respect et plus d’affinités pour le maire de Romorantin-Lanthenay que pour le patron du Département ; porté par la dynamique d'une gauche PS-verts-PC-radicaux rarement aussi unie derrière un Jeanny Lorgeoux qui, depuis belle lurette, avait pourtant oublié les refrains joyeux de l’union de la gauche, mais qui, l’espace d’un beau dimanche d’automne, a su serrer les rangs pour , en ce jour historique d’ouverture de la chasse, accrocher un ministre à son tableau de chasse.
Maurice Leroy a donc mordu la poussière. Arrivé en troisième position du 1er tour derrière Jacqueline Gourault et Jeanny Lorgeoux, Maurice Leroy ne s’attendait pas à vivre pareil scénario, sans doute l’une des pires journées de sa carrière politique. Alors pourquoi cette élection, annoncée par certains comme une promenade de santé, s’est- elle tout à coup transformée en cauchemar ?
L’analyse des résultats au plan national et la poussée de la gauche démontre à l’évidence que les grands électeurs qui sont, rappelons- le, des élus –essentiellement des maires et des conseillers municipaux- ont exprimé une colère, un ras le bol face à des réformes : la réforme territoriale, la réforme de la fiscalité locale, qu’ils n’approuvent et ne digèrent pas. Les mêmes élus, particulièrement en milieu rural, et quel que soit leur bord politique, manifestent également de fréquentes inquiétudes sur l’avenir des services de proximité : écoles, santé, commerces… Dans son discours, localement, Maurice Leroy est présent et reste à leurs côtés mais à Paris, le Ministre de la ville siège au banc du gouvernement et apparait du coup comme la caution d’une majorité dont les réformes font grincer beaucoup de dents.
Second élément. La popularité des candidats. L’un d’entre eux nous confiait durant la campagne « les élus sont très accueillants et très courtois. Ils te donneraient tous l’impression de vouloir voter pour toi ». En réalité, il n’y avait que deux postes à pourvoir et si Maurice Leroy n’a pris que la troisième place du podium, malgré sa position, malgré son pouvoir d’intervention, malgré sa disponibilité et sa cordialité, c’est sans doute parce qu’il est tombé sur deux candidats encore plus populaires voire, peut –être, aux yeux des grands électeurs, encore plus estimables et plus capables que lui.
Enfin troisième élément. Les grands électeurs voulaient un sénateur et non pas sa doublure. "Tu as voulu voir Maurice et tu verras Philippe", c’était en substance un argument développé pendant sa campagne par Jeanny Lorgeoux qui expliquait à qui voulait l’entendre que, pour une durée indéterminée, le sénateur de Loir et Cher serait en fait le docteur Sartori, puisqu’il n’était pas dans les projets immédiats de Maurice Leroy de changer d’adresse et d’abandonner la rue de Grenelle pour la rue de Vaugirard.
Alors les grands électeurs ont-ils voulu répartir les talents et optimiser les ressources humaines politiques de ce département : Gourault-Lorgeoux au Sénat ; Leroy au Gouvernement et à la tête du Conseil général ; Brindeau restant du coup à l’assemblée nationale… Voilà une hypothèse qui démontrerait une forme de sagesse, une lucidité et un appel à ne pas se déchirer, le Loir et Cher ne pouvant sans doute pas se payer le luxe de ces divisions. C’était d'ailleurs en substance le premier message de Jeanny Lorgeoux qui a appelé au "rassemblement de toutes les intelligences et de toutes les énergies. Voilà la bonne politique" s’est –t-il exclamé au milieu de supporters en liesse et même d’autres observateurs qui jubilaient intérieurement !
© 2011