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Deux évènements ont marqué cette rentrée politique : les élections sénatoriales et la primaire socialo-citoyenne. La gauche est sortie rassérénée de ces deux épisodes avec d’une part la conquête du Palais du Luxembourg et, d’autre part, la désignation claire et nette de son champion pour la présidentielle 2012, François Hollande, au terme d’une consultation dont le fair play oblige à reconnaître qu’elle a remporté un bon succès, même si l’on se demande encore pourquoi le tsunami médiatique organisé autour de cette primaire n’a finalement déplacé que 5 % du corps électoral.
Revenons sur les répliques locales de ces deux évènements qui, peut-être, vont bousculer l’organisation politique d’un département de Loir-et-Cher ripoliné aux couleurs de la démocratie sociale, qui plait à Jacqueline Gourault, la sénatrice reconduite ; et aux couleurs de la social-démocratie, dans une tonalité rose pâle, qui plait au nouveau sénateur Jeanny Lorgeoux, mais aussi à la nette majorité d’électeurs de gauche qui ont voté-payé-signé pour François Hollande, les 9 et 16 octobre dernier.
Aux élections sénatoriales, tout d’abord, l’alliance présupposée du rose et de l’orange a provoqué la défaite de Maurice Leroy. Voilà l’explication ministérielle. Elle est sans doute exacte mais en partie seulement. Gageons que si Maurice Leroy n’était pas Ministre depuis presque un an, il serait sans doute aujourd’hui sénateur. Car les grands électeurs ne lui auraient sans doute pas fait payer au prix le plus fort des réformes –finances locales ; intercommunalité- qui passent mal ; et l’arc en ciel orange-rose-vert-rouge ne se serait sans doute pas déployé avec le même éclat dans le ciel politique d’une gauche locale rassemblée et ravie de faire mordre la poussière à un ministre de Nicolas Sarkozy, du reste le seul membre du gouvernement à passer à la trappe de ces sénatoriales.
D’autres raisons sont invoquées, comme le cumul des mandats ou, plus précisément, le cumul des responsabilités. Maurice Leroy n’est pas le seul à coiffer plusieurs casquettes mais c’est sans doute à lui que cela a été le plus reproché. A lui et peut-être aussi à son suppléant Philippe Sartori, conseiller général, maire de Noyers/Cher et VIP tourisme et collectivités. Voilà qui fait beaucoup ont pensé certains élus qui ont par ailleurs de la mémoire et gardent encore en travers de la gorge la mise à l’écart, il y a trois ans, de Jacqueline Gourault de la Présidence de l’AMF 41 ; et la trop grande proximité entre le Conseil général et l’association des maires, une espèce de consanguinité qui affecte l’indépendance de l’AMF.
Voilà donc l’une des répliques de cet épisode : après l’échec du tandem Leroy-Sartori, l’actuel président est-il toujours légitime à la tête de l’AMF 41 ? Interrogée à ce sujet sur les ondes de Plus FM, Jacqueline Gourault a déclaré avoir tourné la page du « putsch » de l’association des maires. Et si la sénatrice ne veut pas jeter d’huile sur le feu, elle souhaiterait néanmoins que les distances soient à nouveau respectées entre le Département et l’AMF 41. Ce vœu est d’ailleurs partagé par Jeanny Lorgeoux qui n’a pour sa part jamais manqué une occasion de rappeler et de regretter un triste épisode pour la démocratie locale et en tout cas un évènement aux traces politiques indélébiles.
L’heure des revanches pourrait sonner lors des législatives de printemps et l’on imagine que, dans la circonscription de Vendôme, où Maurice Leroy sera du coup candidat à sa propre succession, la compétition sera animée et passionnante avec dans les premiers rôles la socialiste Karine Gloanec-Maurin et le modem Marc Fesneau qui pourraient bien être, finalement, parmi les concurrents politiques de Maurice Leroy, les seuls à regretter son échec du 25 septembre dernier.
Retour maintenant sur la primaire citoyenne, essentiellement socialiste. En Loir et Cher, et sans faire injure aux supporters des impétrants éliminés au premier tour, la campagne s’est plutôt animée entre les partisans de Martine Aubry et ceux de François Hollande, entre les durs et les mous, entre les roses vifs et les roses pales, entre les classiques et les modernes, entre les socialistes ardents et les modérément socialistes, entre les amis de Marc Gricourt et Catherine Lockhart et les amis de Christophe Degruelle et Karine Gloanec –Maurin. Bon le match a été viril mais correct. En arbitre « impartial », mais quand même supporter de Martine Aubry, Le 1er secrétaire fédéral Pascal Usseglio a veillé au bon déroulement des opérations de vote. A Blois, en arbitre également « impartial », mais quand même supporter de Martine Aubry, le secrétaire de section Benjamin Vételé s’est acquitté de la tâche avec la même rigueur.
Bon, les chevilles ouvrières de l’appareil socialiste survivront à cet épisode même si les politiques doivent toujours se poser les bonnes questions de leur légitimité, en premier lieu à l’intérieur de leur propre famille. Au-delà, c’est la course aux investitures législatives entre Aubrystes et Hollandais qui est relancée. A l’évidence, les seconds ont marqué des points car les électeurs du Loir et Cher n’ont pas démenti la tendance nationale qui a vu François Hollande s’imposer assez nettement. Ce grand écart va-t-il pour autant donner des ailes aux amis locaux du nouveau champion PS de la présidentielle ? Dans la compétition à distance que se livrent dans le Blésois les amis de Marc Gricourt et ceux de Christophe Degruelle, ces derniers vont-ils redoubler d’ardeur et d’ambition, au nom de l’éblouissante primaire citoyenne qui vient d’indiquer plus précisément où se situe le bon curseur de la gauche ?
La période des investitures va s’ouvrir. Des noms circulent, candidatures déclarées ou non : Geneviève Baraban ; Denys Robillard ; Louis Buteau… et puis dans le sud Tania André et dans le nord Karine Gloanec-Maurin ! D’autres ambitions peuvent apparaitre. Cette fois, le grand public ne sera pas convoqué pour donner son avis. Les règles démocratiques internes au parti suffiront pour désigner les impétrants locaux, au nom de la Rose !
Dans l’autre camp, les trois sortants Maurice Leroy –même si Pascal Brindeau assure l’intérim- ; Patrice Martin-Lalande et Nicolas Perruchot semblent désireux de se succéder à eux-mêmes. Qui aura l’audace et le talent de venir contrarier leurs plans ? Voilà qui pose la question du (non)-renouvellement de la classe politique. Il sera intéressant d’y revenir prochainement.
© 2011